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Point de vue

La crise migratoire et les questions qu’elle soulève

Malgré les diatribes des belles âmes qui reprochent à la France son manque d’hospitalité et s’efforcent de voir dans la crise migratoire actuelle la répétition d’un passé inquiétant.

La crise migratoire et les questions qu’elle soulève
#Crise migratoire

Malgré les diatribes des belles âmes qui reprochent à la France son manque d’hospitalité et s’efforcent de voir dans la crise migratoire actuelle la répétition d’un passé inquiétant, rien ne semble en mesure d’entraver l’accélération de l’immigration et ses conséquences inquiétantes. Les chiffres de 2017, qui révèlent une hausse de 13,7% du nombre de titres de séjour octroyés (262 000 l’année dernière), comme la douloureuse expérience de la réalité vécue quotidiennement par des millions de français, nous aident à saisir l’ampleur du phénomène migratoire. Une partie importante de la classe politique et des commentateurs médiatiques, souvent animés par un sentiment de repentance poussé à la caricature, encouragent ce phénomène et voit dans l’accueil de l’Autre une condition nécessaire au salut de notre pays. La journaliste Rokhaya Diallo nous en fournit un exemple aussi révélateur qu’inquiétant à travers cette phrase prononcée il y a quelques années : « Il y a une peur de changement d’identité qui est pour moi inexorable. La France est un pays qui est en évolution depuis plusieurs décennies, elle change de visage, elle change de religion majoritaire, ce n’est pas grave, c’est arrivé de manière successive pendant plusieurs décennies. » Il nous apparaît quant à nous impossible de balayer d’un revers de main les angoisses et les problèmes que cette immigration génère, d’autant plus qu’elle nous renvoie à une question absolument fondamentale : A quoi tient la nation française ?

Aborder l’immigration à travers l’angle économique de la concurrence déloyale via la baisse des salaires est souhaitable, mais il ne faut surtout pas commettre l’erreur de s’en tenir à cela. Une nation est bien plus qu’une juxtaposition d’individus en concurrence sur un marché et l’économicisme bien souvent nous aveugle. Nos problèmes ont certes une dimension économique importante sur laquelle il faut insister, mais nos maux ne s’ont pas réductibles à l’économie. Contrairement à ce qu’affirment les thuriféraires de la modernité pour qui l’histoire n’est pas notre code, l’existence de la nation française ne saurait être dissociée du maintien de son héritage et d’un certain sens de la continuité historique. La philosophe Simone Weil nous éclaire sur ce sujet avec une justesse d’une grande beauté : « pour donner il faut posséder, et nous ne possédons d’autre vie, d’autre sève, que les trésors hérités du passé et digérés, assimilés, recréés par nous. De tous les besoins de l’âme humaine, il n’y en a pas de plus vital que le passé. » L’immigration de masse que nous vivons repose en grande partie sur le postulat que les individus sont pareils à des nomades interchangeables et qu’une coexistence pacifique est possible, peu importe les héritages et les visions du monde dont chacun est le dépositaire. Pourtant, ce vivre-ensemble n’est qu’une chimère et le réel nous rappelle sans cesse à l’ordre car la France fait l’expérience du choc des identités. Comme l’explique le géographe Christophe Guilluy dans ses travaux, personne ne souhaite être culturellement minoritaire là où il vit et la société multiculturaliste crée des violences qui aboutissent à la partition du territoire et à l’explosion des communautarismes. Cette pulvérisation de l’héritage au nom de l’accueil sans limite de l’étranger et du refus de l’intégration est éminemment problématique car aucun peuple ne peut exister sans enracinement. Cela va jusqu’à mettre en péril le fonctionnement même de la démocratie qui suppose un leg commun et la possibilité de s’identifier à son compatriote, comme nous le rappelle le magnifique discours de Philippe Séguin en 1992 : « pour qu’il y ait une démocratie il faut qu’il existe un sentiment d’appartenance communautaire suffisamment puissant pour entrainer la minorité à accepter la loi de la majorité ! » Des pans entiers du territoire n’ont aujourd’hui plus rien à voir avec ce que les Français définissent comme leur identité nationale, et quoi que l’on en pense il serait criminel de ne pas répondre à ces angoisses qui nous empêchent d’envisager un destin commun pour notre nation.

Contrairement à ce que les tenants d’une vision angélique de la diversité voudraient faire croire, notre critique de l’immigration n’a rien à voir avec une vision raciste de l’identité française. Le peuple français rayonne au contraire par son rapport si spécifique à l’universel. Il faut relire le discours Qu’est-ce qu’une nation ? d’Ernest Renan, l’un des plus beaux textes politiques du XIXe siècle qui nous raconte ce que nous sommes avec une précision remarquable : « L’homme n’est esclave ni de sa race, ni de sa langue, ni de sa religion, ni du cours des fleuves, ni de la direction des chaînes de montagnes. Une grande agrégation d’hommes, saine d’esprit et chaude de cœur, crée une conscience morale qui s’appelle une nation. » Il serait absurde de défendre une vision ethnique de la France, un pays certes relativement homogène historiquement mais dont la culture est largement pénétrée par des hommes et des femmes qui, bien que venus de loin, ont su mêler leur histoire à la nôtre et conférer à notre patrimoine des richesses et des nuances supplémentaires. L’adhésion à la France tient largement plus à la force de la volonté, de l’intelligence et de l’esprit qu’au sang des ancêtres.

L’Autre n’est donc pas un problème en soi, mais il le devient souvent au-delà d’un certain seuil. La puissance du nombre et le refus de la limite posent problème dans des domaines très différents de l’existence humaine et de la vie collective, comme le souligne cette phrase de Leopold Kohr : « Il semble qu’il n’y ait qu’une seule cause derrière toutes les formes de misère sociale : la taille excessive. Partout où quelque chose ne va pas, quelque chose est trop gros. » Les mouvements excessifs de population ne font pas exception à la règle. Ils rendent l’intégration à la France impossible, et l’absence de volontarisme politique sur la question agit comme un multiplicateur de nos problèmes. Cette fin de l’intégration ne saurait être justifiée par une quelconque vertu émancipatrice. Au contraire, elle aliène les Français à la vacuité et à l’abstraction marchande, détruit notre mode de vie et défait les liens invisibles qui rendent possible l’existence d’un peuple.

La France se trouve aujourd’hui à un moment charnière de son histoire et la crise des migrants doit donc être vécue comme une injonction à nous poser des questions absolument décisives pour notre destin. Répondre à la souffrance des Français face à la situation migratoire est un impératif politique et moral. Cela ne doit pas nous pousser à mépriser la réalité de migrants dont la vie est souvent malheureuse et la déréliction réelle, simplement à faire preuve d’une éthique de responsabilité et à reconnaître que nous avons largement excédé notre capacité d’accueil, aussi regrettable cela soit-il.

Enfin, face aux désordres que l’immigration génère, il est également plus que souhaitable d’élargir la réflexion et de nous interroger sur la crise de la transmission que la France traverse. La question migratoire est un symptôme de ce péril, mais la menace est également intérieure. Le drame de notre époque tient largement au fait que nous avons renoncé à accepter notre mission de passeurs et à honorer notre dette envers la grandeur de notre héritage. Sans sursaut civilisationnel, point de salut possible.

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